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đź—¨ Romain : "Je vais troquer mon micro et mon stylo pour une écharpe et un maillot"

Ligue 1
27 Mars 2019 17h00

Numéro 3 de nos rencontres avec les expats supporters du Racing qui seront à Lille ce week-end. Aujourd'hui, entretien avec Romain. Ce véritable passionné du club alsacien vit actuellement au Canada dans la Province du Québec. Journaliste à Radio-Canada, il se livre, presque avec amour...

Romain, tu es journaliste à Radio-Canada du côté de Montréal, est ce qu'on peut dire que tu vas troquer ton micro et ton stylo pour une écharpe et un maillot ce samedi à Lille ?

Exactement. Le maillot et l’écharpe sont prêts. Depuis tout petit, j’aime profondément ce club, malgré toutes les péripéties qu’il a connues. Dans ma famille, même s’il n’y avait pas d’abonnés à la Meinau, on parlait régulièrement du Racing, le soir, autour de la table ou le week-end, à Noël et chaque événement festif. J’ai, c’est une certitude, le Racing dans le sang. Lorsque j’étais plus jeune, mes grands parents, oncles, parents et amis suivaient les résultats du club et j’ai naturellement pris le relais. Mon père me disait souvent qu’il allait voir les matchs du Racing, en 1979, lorsqu’il faisait ses études au Couffignal, à côté de la Meinau. Mon rêve, gamin, était de devenir journaliste pour commenter les matchs du Racing à la radio. À l’époque, nous n’avions pas Canal+, je voyais très peu d’images du Racing. J’attendais impatiemment les résumés sur Téléfoot et France 3. Le samedi soir, j’écoutais les matchs, une radio à la main, dans ma chambre. Je me rappelle notamment des commentaires de Mathieu Dubrulle. Souvent, je poussais mes parents à aller manger des tartes flambées dans le restaurant d’un village voisin, qui passait les matchs du Racing. C’était les seules occasions de voir les matchs à la tv. J’ai suivi finalement cette voie, vers le journalisme, même si je n’ai jamais eu l’occasion, pour le moment, de réaliser ce vieux rêve d’enfant.

Un aller retour express en plus ?

Franchir l’Atlantique pour vivre cette finale me paraissait un brin irréel. Notamment d’un point de vue familial, car nous avons une petite fille qui vient de fêter son premier anniversaire. Au départ, ma conjointe trouvait, je pense, l’idée un peu folle et de mon côté, même si je rêvais d’assister à cette rencontre, je ne voulais absolument pas m’éloigner trop longtemps de la maison. Mais j’ai la chance d’avoir une femme fantastique et compréhensive, qui connait ma passion pour le Racing, et qui n’a pas hésité à me donner son feu vert. L’idée était simple: prendre l’avion le vendredi soir, de Montréal, après avoir cherché ma petite fille à la garderie, et revenir le dimanche après-midi à Montréal. Avec le décalage horaire et le trajet, cela donne un gros 24h en France, pour un seul match, certes, mais un match historique pour Strasbourg, qu’il est difficile de manquer lorsqu’on connaît toute l’histoire du club. Au départ, j’espérais une finale Strasbourg-Monaco. Depuis tout petit, l’un de mes frères supporte Monaco. Nous avions parlé de cette possibilité en quart de finale, avant la défaite de Monaco contre Guingamp, tous les trois, avec mon père et mon frère. Finalement, je vais y aller avec mon père, qui passera me prendre à l’aéroport avant de prendre la route, en voiture, vers Lille. Dimanche après-midi, j’espère ainsi retrouver ma petite famille à Montréal avec un grand sourire et quelques beaux souvenirs à raconter.

Le Racing est loin des yeux mais près du coeur ?

Petit, j’avais accroché dans ma chambre des posters des joueurs et des articles des DNA. J’avais deux passions: le basket et le Racing. Par la suite, mes études et mon travail m’ont emmené loin de Strasbourg, mais j’ai toujours suivi les rencontres et l’actualité du club. Je me rappelle très bien par exemple de la défaite du Racing à Châteauroux, qui condamnait le club à une descente en National. Je venais de m’installer à Paris et j’avais vu le match à la tv. Ce fut un sentiment très pénible, presque de la rage de voir ce club se détruire ou s’auto détruire à l’époque. Par la suite, toujours à Paris, j’ai suivi la remontée du club. J’ai une image en tête: ce match de CFA qui permet la montée en National, que j’ai suivi sur Alsace 20.

Pas trop compliqué de suivre le Racing de l'autre coté de l'Atlantique ?

À Montréal, grâce au streaming, je manque peu de matchs de Strasbourg. Suivre les matchs du Racing en National ou en Ligue 2, le vendredi ou le lundi, c’était plus délicat, en raison des horaires décalés et du travail. Depuis le retour en Ligue 1, c’est parfait. Avec le décalage horaire, les matchs ont régulièrement lieu vers 14h, l’heure à laquelle ma fille fait par exemple sa sieste. Ma conjointe comprend d’ailleurs très bien ce moment durant lequel je me plonge dans ces matchs. Ca me permet de vivre idéalement ces rencontres. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de l’emmener à la Meinau, en décembre, contre Nice, à l’occasion d’un retour en Alsace pour présenter notre fille. Elle et moi avons été splendidement étonnés par l’ambiance à la Meinau. J’ai connu tellement de facettes de la Meinau, qu’il est appréciable de pouvoir profiter de tels moments de joie. Maintenant, j’essaie d’initier un peu ma petite canadienne au Racing. Elle aura d’ailleurs l’occasion de porter un petit chandail aux couleurs du Racing samedi, lorsque je serais à Lille.

D'un dépôt de bilan à une possible qualification en coupe d'Europe en quelques années, c'est une renaissance incroyable pour Strasbourg.

C’est fou. Complètement fou. Mais finalement, c’est logique. Logique, car cette région respire pour le Racing. Il y a une passion, une ferveur incroyable. Bien sûr, lorsque j’étais plus jeune, on parlait des mésaventures du Racing. On se moquait parfois des résultats, des dirigeants, des joueurs, des entraîneurs qui changeaient chaque printemps puis chaque hiver. Mais on parlait du club. Jamais, il ne tombait dans l’oubli. La preuve d’une passion, d’une fidélité, d’une envie de voir ce club au plus haut. De voir ce club, tout simplement, faire vibrer à nouveau l’Alsace. Il manquait, je pense, une direction qui avait une ambition à long terme, avec des valeurs plus saines, une direction moins tiraillée par un rendement financier immédiat, afin de construire à nouveau les bases de ce nouveau Racing. Le travail accompli par toute l’équipe derrière Marc Keller, mais aussi par les groupes de supporteurs, est à la fois remarquable, surprenant et hallucinant. Même en prenant mon chapeau de journaliste, je ne peux qu’être épaté par tout ce qui a été accompli. Repartir de zéro, avec un dépôt de bilan, fut finalement la meilleure nouvelle pour ce Racing qui était gangrené, malade de l’intérieur. Il y avait un impératif besoin de renouveau. Avant de partir à Montréal, je suis allé voir un match en National. Il y avait près de 20 000 personnes. Pourtant, le Racing ne jouait pas les premiers rôles, n’était pas sur le podium. C’était déjà incroyable. Au-delà des résultats, ce qui m’étonne, c’est l’ambiance et ce retour à des valeurs saines, festives. Dans ce stade, il y a des familles, des enfants, un public qui mélange les générations, les hommes, les enfants.

Parle nous un peu de ton parcours ?

J’ai toujours rêvé d’être journaliste. À 18 ans, je travaillais en fin de semaine au service des sports des DNA pour compiler les résultats du week-end. J’ai eu ensuite l’occasion de signer mes premiers textes, notamment sur le foot et le basket amateur. À 20 ans, en 2007, j’ai quitté l’Alsace pour une école de journalisme à Nice. En parallèle de mes études, je travaillais à Nice-Matin, au service des sports. Fin 2009, j’ai décidé de m’installer à Paris. J’ai eu rapidement la chance de travailler, toujours dans le milieu sportif, à Radio France Internationale. J’ai appris énormément à RFI, une maison formidable, ouverte sur le monde, avec des journalistes doués et passionnés. J’ai eu aussi l’occasion de collaborer avec Canal Plus et d’autres médias, avant de rejoindre l’agence de presse du Groupe Hersant Média, pendant près de 3 ans, puis une autre agence indépendante. J’ai pu couvrir plusieurs événements importants, comme la finale de la Coupe Davis à Belgrade en 2010, une partie des JO 2012, la Coupe du monde de basket en 2014 et de nombreuses rencontres internationales, dans différents sports.

Début 2015, avec ma conjointe qui connaissait déjà le Canada, on a décidé de faire le saut et de nous installer à Montréal pour tenter une nouvelle aventure. Cette aventure est réellement formidable. Nous adorons le Québec et Montréal et maintenant, nous sommes définitivement installés ici. Le Canada est devenu notre nouvelle maison, nous adorons notre vie et notre travail, et nous avons entamé les procédures pour devenir citoyens canadiens. En arrivant à Montréal, j’ai continué de travailler dans le domaine du sport, notamment en suivant le club de l’Impact de Montréal pour une radio montréalaise. Maintenant, avec Radio-Canada, qui est l’équivalent de France Télévisions et Radio-France réunis, je couvre le domaine politique.Et ton meilleur souvenir avec le RCS.


Et ton meilleur souvenir avec le RCS

J’ai eu l’occasion d’assister à deux finales victorieuses du Racing: en Coupe de France contre Amiens, en 2001, et contre Caen, en 2005, en Coupe de Ligue. Contre Caen, j’étais avec le Kop Ciel et Blanc. Cette épopée, avec le bus, les chants, les arrêts sur l’autoroute, le match, la joie et le retour en Alsace, restera inoubliable. Le but de Jean-Christophe Devaux, sur coup franc, en fin de match, restera longtemps gravé dans ma mémoire.

Un prono ?

Avec le Racing, rien n’est jamais simple. Tout se fait toujours dans la douleur, c’est dans l’ADN même de ce club. Mais c’est aussi ce qui le rend si unique. Donc j’imagine une victoire 2-1, avec un dernier but à la 83e d’Ajorque.


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Romain